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La délégation (14 juin 2006)


Lieu: Hôtel Beau-Rivage à Neuchâtel

Déléguez mieux !

 

La délégation existe dès que plusieurs personnes concourent à un but commun avec des compétences différentes. Ce sujet classique de la gestion des ressources humaines a fait l’objet d’intéressants éclairages académiques et pratiques lors du colloque de printemps 2006 du groupement PME – Universités et Hautes écoles.

 

Pour John Antonakis, professeur en comportement organisationnel à HEC Lausanne, déléguer, c’est accorder un certain niveau d’autonomie et de responsabilité à quelqu’un. Selon les cultures, la distance hiérarchique n’est pas la même : grande dans des pays comme la France, l’Italie, Taiwan (pays où l’on délègue moins car les personnes ne sont pas satisfaites par trop d’autonomie), plus faible dans les pays anglo-saxons et aux Pays-Bas (où l’on délègue plus volontiers). Toutefois, des études ont montré que la relation entre l’autonomie et la performance est nulle ! Ce qui prédit le succès des leaders, ce sont des facteurs comme la confiance en soi, et la prise de conscience de la situation. En fin de compte, le but de la délégation est de fournir de nouveaux leaders pour demain.

 
Stephan Sengupta, consultant spécialisé en management systémique, relate le cas d’une entreprise en pleine croissance, subissant une rotation élevée du personnel malgré des conditions d’emploi hors normes. Il explique comment appréhender la complexité managériale, qui n’est pas formée de liens de causalité linéaires, puis comment il faut agir valablement dans un monde d’interdépendances par une vision d’entreprise partagée, ainsi qu’une délégation basée sur un programme de coaching de la direction doublé d’un développement de l’intelligence collective avec les cadres.
 
Le parcours de Jean-Pierre Bringhen, CEO du groupe éponyme, n’est pas banal : depuis 10 ans, il mène de front la conduite de son entreprise et l’éducation de ses trois enfants, avec des horaires bien planifiés (chaque activité, comme les réunions, est créditée d’une plage horaire maximum) doublés d’une méthode de gestion fortement participative : déléguer aux plus capables tout en gardant le savoir-faire. Ce qui est difficilement délégable, selon lui, c’est la gestion des finances, la négociation des contrats et la correction des écarts par rapport aux prévisions.

Edna Didisheim, psychologue du travail et consultante, et Anthony Collé, directeur général du groupe MK Léman, ont collaboré dans le cadre d’un changement de direction à la tête d’un groupe en croissance comportant trop de personnes de caractère dépendant ou indépendant ! Une analyse du temps a conduit à rechercher les activités importantes et prenantes pouvant être déléguées par le patron (y compris ses activités préférées de promotion !), quitte à parfois faire le deuil de son ego pour assurer la continuité managériale de l’entreprise.

 

 

Robin Cornelius, fondateur et CEO de Switcher, a d’abord dû apprendre à se connaître lui-même avant de songer à déléguer (une notion qui ne s’apprend pas, selon lui). Après avoir à peu près tout fait dans son entreprise, Robin Cornelius a commencé à déléguer à des proches collaborateurs le soin de créer des filiales, comme la filiale indienne. Il relate en outre l’expérience d’une délégation ratée à un COO qu’il a mal coaché en lui laissant carte blanche, alors qu’il n’était « culturellement » pas adéquat. Si des missions ou des tâches peuvent être déléguées, ce n’est notamment pas le cas de la culture d’entreprise.

 

La table ronde finale, animée par Stéphane Benoît-Godet, rédacteur en chef adjoint de Bilan, a apporté quelques éclairages supplémentaires sur le monde de la délégation : par exemple, déléguer, c’est créer des intrapreneurs, donc favoriser l’esprit d’entreprise par rapport à des projets, ou encore la plus grande contribution de la délégation est la préparation à la succession. Robin Cornelius affirme qu’ « il faut danser avec son temps, déléguer le plaisir de manager » et Edna Didisheim « que la culture d’entreprise se délègue par des actes ».

 

François H. Courvoisier, professeur
Haute école de gestion Arc de Neuchâtel

 

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